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Internet et anonymat

Les commentaires sur l’article traitant de l’usurpation de l’identité de deux conseillers municipaux par un adjoint de M. Debain, me montrent que la méconnaissance d’internet (ses règles, ses usages, son impact, sa réalité) permet à certains d’affirmer tout et n’importe quoi. J’aimerais donc prendre le temps de recadrer le débat.

Internet et anonymat : les règles

Pour internet, les règles proviennent de la Commission Nationale Informatique et Liberté (CNIL). Celle-ci édicte deux grands principes : l’anonymat de chacun doit être préservé et chacun doit pouvoir prendre connaissance des données le concernant.

Du premier principe, on comprend que chacun peut utiliser un pseudonyme pour écrire un commentaire sur un blog. Mais de là à en conclure qu’on peut emprunter l’identité d’un autre afin de se faire passer pour lui, il y a un fossé à ne pas franchir. C’est comme si un voleur arguait du droit de propriété pour refuser de restituer le fruit de ses larcins. Le droit à l’anonymat relève du droit de protéger la vie privée, alors que l’usurpation d’identité est un viol de la vie privée.

Le respect du deuxième principe nécessite que le responsable d’un blog se fasse connaitre. A « Agir Pour Saint-Cyr », vous disposez de liens vous permettant de nous contacter. L’adresse du responsable du site y est précisée, ainsi que son numéro de téléphone. L’usurpateur donneur de leçon a monté un site sur lequel il ne s’identifie pas. Vous ne savez pas qui s’exprime et si vous avez une réclamation à lui faire, vous ne savez pas à qui vous vous adressez. Signalons néanmoins que la règle édictée par la CNIL est respectée car l’adresse de l’hébergeur suffit.

Internet et anonymat: les usages

Wikipedia résume la « netiquette » par cette phrase  : « S’il ne fallait retenir qu’une règle : Ce que vous ne feriez pas lors d’une conversation réelle face à votre correspondant, ne prenez pas l’Internet comme bouclier pour le faire. »

Dans la vie courante, on peut se faire passer pour un autre à une condition, que cela ne nuise à personne. Essayer de faire croire qu’un élu a tenu des propos de façon à le décrédibiliser est inacceptable. Ce sont des méthodes qui sont insupportables en démocratie, car celle-ci repose sur la parole.  Un responsable politique doit assumer ses gestes et propos, mais il n’a pas à devoir démentir des propos qu’on lui a frauduleusement imputé. Il faut d’ailleurs une bonne dose de lâcheté pour préférer déformer insidieusement les idées des autres plutôt que défendre les siennes. Au nom de quoi ces méthodes devraient-elles être mieux tolérées sur internet que dans la vie courante ?

Internet et anonymat : l’impact

On connait désormais l’impact d’un buzz : tout d’un coup, vos défauts ou vos erreurs portés à la vue de tout le monde. C’est redoutable, et cela pose un problème de démocratie car il est à peu près impossible d’y répondre. Cela existe en dehors d’internet et les rumeurs comme le « lynchage médiatique » n’ont pas eu besoin d’internet pour exister. Néanmoins Internet amplifie l’effet et donc le danger.

Ce n’était pas l’effet qui était recherché dans l’usurpation dont j’ai été victime. Il s’agissait plutôt de laisser des messages sans que je puisse puisse m’en apercevoir et de les signaler à un public ainsi facilement convaincu de ma supposé duplicité. C’est comme ces textes qu’on fait circuler dans le dos de la victime pour lui imputer des choses auxquelles  elle est en fait étrangère.

Mais mon usurpateur était encore plus vicieux. Il a créé une adresse mail à mon nom (daniel.farnier@xxx), ce dont il n’avait pas besoin pour publier un message. Je me retrouve donc avec une adresse internet qui semble être la mienne, et qui peut être utilisée à n’importe quel moment, sans que je ne puisse rien contrôler. Inutile que je me batte pour la faire disparaitre, il est trop facile d’en recréer une autre. Ce n’est pas seulement la « lettre anonyme électronique » qu’il faut craindre, c’est le courrier faussement signé. Je n’ai pas l’intention de devenir paranoïaque, mais je ne suis pas décidé à laisser les malfaisants agir impunément.

Internet et anonymat : la réalité des choses

Mon usurpateur m’a écrit « Pleurez un bon coup en constatant qu’au moins 12600 commentaires ont été laissés avec le pseudonyme Nicolas Sarkozy…« . Personnellement je n’avait pas compris le raisonnement car 12.600 messages sur les quelques dizaines de milliers postés tous les jours représentent en fait très peu. Si vous cherchez « posté par » au lieu de « poste par Nicolas Sarkozy » vous obtenez « environ 9 800 000″ réponses. L’ordre de grandeur est de 1 pour mille. Même si tout cela ne correspond pas à des messages « postés », cela montre que 12.600 est un chiffre tout petit petit à l’échelle d’internet. Mais surtout, quand on regarde les articles « postés par Nicoals Sarkozy », il n’y en a pas un pour mille dont on peut imaginer qu’ils ait été effectivement écrit par Nicolas Sarkozy. Enfin, combien parmi ce millième de millième a été créé par quelqu’un qui a pris la peine de créer une adresse « Nicolas.Sarkozy.xxx » ?

On peut donc conclure par une bonne et une mauvaise nouvelle :

  • la bonne nouvelle : ceux qui utilisent l’anonymat d’internet pour nuire aux autres sont en fait très peu nombreux (il n’y a pas de raison qu’ils soient plus nombreux sur internet que dans la vie de tous les jours, ce sont les mêmes qui utilisent les moyens à leur disposition)
  • la mauvaise nouvelle : il a fallu qu’on en ait un au conseil municipal de Saint-Cyr l’Ecole et 18 autres qui aient si peu de sens moral qu’ils l’ont élu adjoint puis applaudi. Et en plus, ce sont tous les membres de ce qui reste de la majorité municipale, c’est quand même étrange ! On en viendrait à se demander s’il n’y aurait pas une relation de cause à effet.

Daniel Farnier

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