Voici le courrier reçu par une certaine « Léa Sardine », mineure, au domicile de ses parents :

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A l’intérieur, une lettre et une brochure signée Jean-Michel Fourgous, député des Yvelines, Maire d’Élancourt.
Celle-ci invite à « apprendre ensemble avec le numérique« , et la lettre est accompagnée d’une carte d’une entreprise privée proposant du soutien scolaire gratuit pendant un an.
La brochure est composée de deux parties.
L’ordinateur ne remplace pas l’enseignant.
Le premier chapitre, est consacré à des généralités sur l’apport des nouvelles technologies numériques pour l’enseignement. Il y a des choses intéressantes, mais j’invite le député à réfléchir à l’
étude récente du centre d’analyse stratégique qui pointe le sous-encadrement des élèves français par rapport aux autres pays européens. Si l’objectif de l’enseignement numérique est de fournir une aide aux enseignants, alors cela peut être une très bonne chose. S’il s’agit de laisser croire que cela peut devenir un substitut à la diminution constante du nombre d’enseignants, alors la France ferait une erreur dramatique. Comment peut-on essayer de vendre que le pessimisme des jeunes français serait soluble dans l’électronique ? Donnons leur des enseignants bien formés et respectés, c’est autrement plus déterminant. Cela peut paraître ringard pour certains, mais cela a fait ses preuves depuis quelques siècles.
Le député Fourgous utilise sa fonction pour faire la publicité d’une société privée.
Le deuxième chapitre est clairement une publicité pour la société « partenaire » dont le nom est cité 15 fois en 6 pages ! La plaquette n’est qu’une reprise des arguments de vente de la société privée. Une visite sur leur site permet de voir que le député se contente de mettre en avant… ce que la société met en avant pour vendre ses produits. Il n’y a aucune réflexion critique, ni aucune comparaison avec les offres de société concurrentes. Que diriez-vous si un député envoyait un argumentaire sur l’utilité (réelle) de la voiture, sans jamais parler de ses (réels) inconvénients ? Que diriez-vous si, en plus, il ne faisait référence qu’à une seule marque de voiture qui vous propose un test « gratuit »?
Une gratuité toute relative
L’offre de gratuité paraît séduisante. Elle n’est pourtant pas dénuée de pièges. Les conditions de vente le précise : «
Pour pouvoir utiliser le service en ligne M…, les utilisateurs doivent disposer d’un ordinateur et d’un abonnement à un fournisseur d’accès au réseau Internet. Les frais afférents à ces éléments sont à la charge exclusive des utilisateurs. » L’INSEE, dans son récent « Portrait social de la France » indiquait que 6 millions de salariés français gagnent moins de 750 €uros par mois. Il s’agit bien de salariés, pas de chômeurs. Il y a donc là une première encoche à la gratuité de l’école qu’on ne peut sous-estimer. Mais il y a beaucoup plus pervers. L’offre n’est valable qu’un an. Il est clair que certains parents ne pourront pas payer au delà . Mais même ceux qui le peuvent, n’auront-ils pas le sentiment de s’être fait piégé ? En réalité, on est face à une pratique commerciale vieille comme le commerce : on appâte le chaland avec une offre à durée limitée pour créer le sentiment de besoin. Qu’une entreprise commerciale se livre à une telle pratique, c’est acceptable tant que cela reste raisonnable. Qu’un élu utilise son autorité pour favoriser une pratique commerciale limite, voilà qui est plus choquant.

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Notons que la mairie de Saint-Cyr fait la promotion de cette opération sur son site internet, en « oubliant » de rappeler que l’offre n’est valable qu’un an. Là , cela devient franchement inacceptable et doit être corrigé au plus vite.
C’est le contribuable qui paie tout celà .
Mais au fait, qui est Léa Sardine ? Ne cherchez pas son nom dans l’annuaire, il s’agit en fait du pseudonyme utilisé par une adolescente Saint-Cyrienne pour créer une boîte mail. En clair, il n’y a acune Léa Sardine figurant sur des listings d’écoliers ou d’étudiants. Le député Fourgous n’a pu obtenir cette adresse qu’en achetant une liste auprès d’un fournisseur d’accès internet. Le côté amusant de cette histoire, c’est qu’il s’est fait refiler des listes d’adresses bidons comme un vulgaire spammeur débutant.

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Ce qui est moins drôle, c’est qu’il utilise de l’argent public pour faire sa promotion (pour profiter du pass gratuit, il faut passer par une page spéciale avec photo et texte du député). Le contribuable aimerait savoir combien a coûté la réalisation et l’impression de cette brochure de 24 pages sur papier glacé. Pour un député qui dénonce la gabegie des dépenses de l’état, ce n’est vraiment pas une façon de montrer l’exemple.
En résumé, le député Fourgous a utilisé sa fonction et l’argent public dans une opération commerciale au bénéfice d’une entreprise privée. Pour se faire, il envoie des courriers non sollicités, même à une mineure sans demander l’autorisation des parents. Voilà qui mérite un carton rouge.
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La Mairie « oublie » aussi que personnel prend 2 n ! Est-ce pour apporter la preuve que ce soutien scolaire numérique est indispensable ?
Précision de Jean-Michel FOURGOUS
Je suis très surpris du ton sarcastique de ce billet sur un sujet crucial qui mériterait d’être traité plus sérieusement : la lutte contre l’échec scolaire et l’égalité des chances.
Je regrette également que ce billet oppose inutilement le privé au public, et stigmatise en particulier une entreprise privée tout à fait honorable.
L’opération dont il est question permet à plusieurs milliers de familles yvelinoises de bénéficier d’un soutien scolaire gratuit en ligne pour leurs enfants, pour une année reconductible.
Cette expérimentation en R&D sur un bassin de population très important s’inscrit dans la continuité des propositions que j’ai formulées dans mon rapport parlementaire, remis en février 2010 au Ministre de l’Éducation, après la mission officielle que m’avait confiée le Premier ministre sur « le développement du numérique à l’école ».
C’est une proposition concrète pour lutter contre le constat décevant concernant les résultats scolaires de nos enfants dans les classements internationaux (étude PISA).
Il n’est pas normal non plus que seulement 40% des enfants d’ouvriers accèdent aux études supérieures, contre 80% des enfants de cadres ! C’est une inégalité flagrante, et un frein à l’ascenseur social. C’est cette injustice-là qui devrait nous mobiliser tous !
Dans cette opération, Maxicours est un partenaire – et non un prestataire (avec des conditions financières presque symboliques) -, au même titre que tous les autres partenaires enthousiasmés par ce projet :
- le Ministère de l’Éducation Nationale par le biais du Centre Régional de Documentation Pédagogique (CRDP) de Versailles et les Inspecteurs de l’Éducation Nationale concernés ;
- l’Agence Nationale pour la Cohésion sociale et l’Égalité des chances, dépendant du Ministère ;
- un certain nombre de communes partenaires (dont Élancourt, dont je suis Maire, qui a déjà expérimenté ce dispositif l’été dernier) ;
- l’association yvelinoise « Initiatives Terrain ».
Ces partenaires sont-ils, aux yeux de M. FARNIER, aussi suspects ?
La lutte pour la réussite scolaire, c’est le combat de ma vie ; ce n’est pas un gadget. Je viens moi-même d’un milieu modeste, j’ai repris mes études avant d’obtenir un doctorat en psychologie sociale et j’ai été ingénieur de recherche à l’Éducation Nationale.
C’est pour cela que je veux donner à chaque enfant la chance de réussir, en lui offrant les meilleurs outils, notamment avec les possibilités du numérique.
Il ne s’agit pas de remplacer les enseignants. Les nouvelles technologies n’ont jamais été un moyen pour palier d’éventuels manques d’effectifs. C’est un soutien supplémentaire sur le temps extrascolaire, et c’est aussi une demande des familles.
Les enseignants sont d’ailleurs associés pleinement à notre démarche, et tous les exercices de Maxicours, un des leaders dans son domaine, sont d’ailleurs préparés par des enseignants.
Pour lutter contre l’échec scolaire, nous devons travailler tous ensemble.
Il ne faut pas monter les uns contre les autres, opposer sans cesse le public et le privé, les enseignants et le Ministère, les habitants et les élus, etc.
Il est également faux de dénoncer les inégalités de l’accès à Internet : aujourd’hui, 90% des familles avec enfants ont accès à Internet, et il existe toujours d’autres moyens de réaliser le programme sur l’ordinateur d’un ami ou dans les « Points Cyb » des Mairies, bibliothèques publiques ou dans les collèges et lycées disposant d’une salle avec accès Internet.
Quant à l’aspect du billet qui se veut humoristique sur « Léa Sardine », domiciliée à la même adresse que celle de M. FARNIER, sachez que nous avons utilisé le fichier France Telecom, qui est basé sur des déclarations volontaires de ceux qui souscrivent les abonnements qui ne sont pas censés être des mineurs (et qui peuvent s’opposer à la publication de leur nom). Aucun fichier n’est parfait, ni exhaustif, et des erreurs sont toujours possibles, mais traiter une telle opération – qui a une réelle utilité sociale – par le mépris et la polémique n’est pas très digne pour nos enfants et ne traduit pas une grande volonté d’agir.
D’ailleurs, aucun parent (il y a déjà plus de 1 400 enfants inscrits) ne m’a reproché d’avoir adressé aux familles le guide « Apprendre ensemble avec le numérique » que j’ai rédigé à leur intention.
Je suis pleinement dans mon rôle de parlementaire actif et de terrain à prendre de telles initiatives pour faire bouger les choses. On ne peut pas rester les bras croisés, à commenter l’échec scolaire plutôt que d’agir, quand l’avenir de nos enfants est en jeu.
Car, à côté de ça, que propose Monsieur FARNIER ?
Si la situation actuelle de nos enfants le satisfait, il a raison de ne rien proposer et de critiquer.
Mais, moi, je pense qu’il faut agir, et c’est ce que je fais, à mon niveau, très concrètement et très humblement.
Jean-Michel FOURGOUS
Député des Yvelines
Tout d’abord, je souhaite remercier M. Fourgous pour avoir accepté de participer au débat que j’ai lancé. Ma joie serait totale, s’il avait pris la peine de répondre aux questions que je soulève plutôt que d’aligner une succession de digressions.
Par exemple, j’ai moi même grandi en HLM. Simplement je ne vois pas ce que cela apporte au débat de le mettre en avant. Je ne stigmatise pas non plus une honorable entreprise privée, je dénonce le fait qu’un député utilise des moyens publics pour relayer une opération commerciale. Comment et pourquoi cette entreprise là (et pas une autre) a été choisie, voilà le type de questions dont j’aurais aimé avoir la réponse. Je n’oppose pas public ou privé, je rappelle simplement que le public se doit à une stricte neutralité, notamment commerciale, et que le privé se doit de respecter une concurrence loyale et non faussée. Ce que fait là M. Fourgous ne respecte ni l’une ni l’autre.
Ce n’est pas un hasard si j’ai rapproché l’e-learning et la baisse continue du nombre d’enseignants que soutient le député. L’encadrement à l’école de nos enfants est au cÅ“ur de leur avenir, l’e-learning ne peut être qu’un accessoire. L’un et l’autre ont besoin de temps pour réussir. Une offre de deux ans, dans un parcours d’études de 10 ans (et le plus souvent bien au delà ) n’est pas de nature à modifier substantiellement les choses. Par contre, en offrant les 2 premières années, on crée le besoin de continuer, là où cela devient payant.
Qu’elle est la différence essentielle entre l’e-learning et le travail en classe sur les ordinateurs ou les Tableaux Numériques interactifs ? La réponse est simple : on diminue le contact avec l’enseignant. Or, qui a le plus besoin d’un enseignant pour le guider, si ce n’est les enfants qui sont en difficulté ? J’aurais aimé une réponse sur le fond, cela aurait permis d’enrichir véritablement le débat.
M. Fourgous me demnde ce que je fais. Et bien je tiens notamment un blog où j’informe les Saint-Cyriens. J’essaie de leur apprendre des choses utiles. On pourrait dire que c’est ma forme d’e-learning à moi. Cet e-learning là , il est gratuit depuis plus de 2 ans. Et pour tout vous dire, cela marche plutôt bien. Imaginez qu’il y a même eu un député pour s’y intéresser
Histoire de montrer qu’on prendre les choses au sérieux tout en le faisant avec humour, j’invite M. Fourgous à regarder cette vidéo :
Jean-Paul Delevoye, Médiateur de la République, vient de rendre son rapport. Il insiste sur le rôle primordial des contacts humains et de l’écoute, et recommande de se méfier de l’utilisation intensive des « Technologies de l’Information ».
(entendu ce matin à la radio)
Ne pas croire que la technologie puisse résoudre tous les problèmes, comme par un coup de baguette magique. Pour l’école, si l’informatique peut être un outil intéressant, le rôle des enseignants est primordial.
Une étude aux US pose des questions sur le niveau de résultats scolaires obtenus par un passage massif aux technologies numériques dans l’enseignement. util.
Un article sur le sujet est paru sur le site internetactu.net
Dans la salle de classe du futur, les résultats ne progressent pas
( http://internetactu.blog.lemonde.fr/2011/09/23/dans-la-salle-de-classe-du-futur-les-resultats-ne-progressent-pas/ )
« Les écoles dépensent des millions de dollars pour acquérir des technologies, tout en réduisant les budgets et en licenciant les enseignants sans apporter la preuve que cette approche permet d’améliorer l’apprentissage de base ».
« Nous perdons notre argent et le temps que nos enfants passent à l’école si nous nous contentons simplement de jeter un tas de technologie en classe, sans aider les enfants à comprendre cette technologie. »
En citant un commentateur:
Les technologies demeurent des outils. Qui sait bien s’en servir peut apprendre plus facilement ou mieux. Mais même sans ça, s’il n’y a pas de volonté comme essence, alors elles sont inutiles. Ca me fait penser à ce benêt de Rupert Murdoch qui avait fait une tribune dans Le Monde.fr pour dire qu’on pouvait limiter le nombre d’enseignants grâce aux technologies pour les classes.